21 oct. 2010

Ceux qui veulent ma peau

Tout a commencé chez l’esthéticienne. Après un nettoyage de peau, nous avons entamé la phase épilation « laser ». A chaque contact de la machine sur ma peau, je hurlais de douleur. Mon esthéticienne continuait persuadée de l’efficacité de sa machine.Deux mois après j’en garde toujours des cicatrices.

Cet épisode m’a ouvert les yeux sur le genre de relation que j’entretenais avec mon entourage, une relation de grande proximité.Ma peau était en contact de très près avec les autres.

Depuis ce jour toutes les personnes même les plus proches sont soupconnées.Ne pas chercher très loin. Vos parents,ceux qui vous ont vus naître et qui vous collent à la peau sont les premiers suspects. Ils l’observent, l’éduquent et la cultivent depuis votre plus jeune âge pour un jour vous l’arracher et la prendre en photo,une fois le diplôme en main. Votre peau finira dans un cadre posée sur un joli piano dans le grand salon de la maison.

Les amis aussi ce qui vous veulent du bien et qui vous aiment tellement qu’ils sont prêts à se fondre dans votre peau pour ressentir avec vous tous vos peines, points faibles et blêmes. En quête de leur ressemblance ou de leur antithèse, Ils s’infiltreront comme des vers à travers vos pores pour combler leur vide, leur manque et leur non être. Une fois à l’intérieur, ils mangeront à votre place, ils respireront à votre place, ils jugeront à votre place et finiront par prendre votre place.

Et ne parlons pas des hommes. Cette race de carnivore.Ce qui les importe eux c'est votre chair,votre peau ils s’en balancent... Une fois consommée,ils laisseront sur votre peau les souvenirs de la veille: quelques suçons et cicatrices, histoire de marquer leur territoire et de confirmer leur conquete. Mais le jour où le temps déposera aussi sa marque, plus personne de voudra d'elle. Votre peau fripée, froissée et usée servira à effrayer les corbeaux.

Tout ça commence à irriter ma peau

J’ai moi aussi trouvé mes mécanismes de défenses :

Face à cette menace, je tartine ma peau à longueur de journée d'écran solaire et de crème hydratante pour me protéger contre cette épidémie.
L'épidémie de la proximité.

Ma paranoïa a atteint un degré encore plus élevé. Je suis à fleur de peau en ce moment. Je me suis meme aussi achetée un flingue,je tirerai sur le premier passant qui ose depasser ma ligne de démarcation.

J'ai construit mon mur de honte, vos pierres ne m’atteindront pas
J’ai bombardé tous les ponts pour couper tout contact.
A partir de maintenant,j’entretiendrai des relations à distance/kilomètres avec les autres.

Ma peau a du chagrin….

Haut les mains.
Impossible de me caser je suis au pluriel.
je suis comme un serpent qui mue chaque mois et en ce moment elle pousse ma futur peau toute rugueuse.
S’il faut choisir son camp
J’hésite entre une peau de lapin, de crocodile, de serpent ou de renard
Quand je pense qu’il fut un temps où j étais contre la violence des animaux.Tout ça m’a couté la peau du cul…

23 sept. 2010

La merde méditerranée

Elle n'est pas en forme depuis que les grues ont fait leur "coming-out:,
Elle ne supporte pas de vivre cachée. Ses sautes d'humeur dépendent de la lune
Cette nuit on les a entendus crier, ils se disputaient l'avenir de la région.
Rien de nouveau ça dure ça fait un temps. Depuis elle se se déchaine sur les rochers, elle tire sur les oiseaux et boude la terre entière.
Il pleut des vitres en verres, des cannettes de coca et des mouchoirs en plastique.La mer porte en elle un tas de déchets... mais aussi un tas de secrets

J'ai pris mon masque, mon tuba, mes palmes....
J’allais plonger dans ses méandres.
Mon aventure maritime avait commencé:

Première rencontre avec une tortue en pleine agonie, elle vient d'avaler un sac en plastique BHV croyant que c'était une méduse
J'ai essayé de la sauver en lui faisant du bouche à bouche mais rien à faire. La tortue avait succombé à son calvaire

Je m'éloigne du cadavre et je tombe nez à nez avec une poupée.
Elle n'a qu'un seul oeil,une balle avait touché le deuxième pendant les evenements de 2006. Le médecin lui avait conseillé l'eau salée, depuis elle a élu domicile en mer méditerranée et n'est plus jamais repartie. Elle avait rencontré l'amour de sa vie, une semelle qui appartenait à un ancien pécheur soupçonné d'être un espion de la région. Depuis ils étaient restés là à flotter aux rythmes des vagues vertes.

Une odeur nauséabonde inonde la mer. Ces effluves venaient des égouts. Ici les hommes et femmes font toilettes communes, la mer n'était pas sexiste, ni confessionnelle, ni raciste.
J'avais l'honneur de me trouver devant tous les excréments de mon pays:
Caca de pauvres, Caca de riches, Caca de chiites, de sunnites, de maronites... Ici tout le monde est quittes.

Je patauge dans ce tas de merde, dans cet espoir d'égalité.Je nage dans les intestins de ma mère en pleine digestion.Je suis un petit embryon qui ne veut pas retrouver la terre. Je me laisse bercer par cette illusion vite cassée par l'odeur de mazout.

Devant moi une masse noire ce sont les 15 mille tonnes vomit par la destruction des réservoirs d hydrocarbures...

Petit moment de suspension

Je vois arriver un banc de poissons.
Des poissons à petits pois gris et noirs avec des voix nasales qui disent la même chose:

Hi Kifek ca va ?
Hi Kifek ca va?
Hi Kifek ca va ?

Des poissons à la mémoire courte qui ont oublié ce qui s'est passé et qui s’amusent à se réinventer l'espace, à se surprendre, à faire semblant...

La mer est une cave aquatique où on y jette tout ce qui pourrit, tous les souvenirs qu'on voudrait effacer et enfouir.c'est le mer la plus polluée au monde.

Les poissons sont partis et comme un rideau qui se tire, ils laissent place à la carcasse d'un avion écrasé, morcelé. Il a échoué ici il n’y a pas longtemps. Il ne reste que des bribes de la "Ethiopian Airline" : des ailes cassées, un nounours, une poussette, un plateau-repas, des draps, des valises...

Trop d'infos. Il est temps de prendre l'air, de remonter à la surface. Mes oreilles sifflent, mes mains se rident et mes yeux voient flous. Je refais le chemin inverse, je remonte petit à petit et je revois les poissons à petits pois, le tas de merde, la masse noire de mazout, la poupée et son amoureux, et la tortue qui flotte. Me voilà enfin à l’extérieur. Je respire un bon coup et je vois une mouette géante battre des ailes, un spectacle magique au couché du soleil. Je la regarde voler, elle est blanche et pure, loin de toutes ces horreurs que je viens de visiter. La mouette s’approche de moi, et comme une caresse, me frôle le visage de ses plumes en y laisse sa marque de bonheur : une crotte de mouette sur ma tête.

7 août 2010

La chasse au mari





Depuis que nos hommes sont partis à la chasse aux dollars, à l’euro, aux riyals et aux dirhams. Depuis qu’ils sont si nombreux à avoir emprunté cette voie….Depuis tout petit on leur a dit et redit que leur avenir ne se fera pas ici. Nos hommes ont été prédestinés à partir, ils iront ailleurs, franchiront la mer méditerranée, leur ambition ne s’arrêtera pas aux 10 452 km2


Ulysse est parti et nous a laissé seules face à une machine à coudre impuissante.


Depuis toute petite elle en a rêvé. Ce jour là, elle allait porter la robe blanche, elle sera la plus belle pour aller se marier. Ce jour là, elle sera reconnue comme étant une vraie Femme. Une femme aux bonnes mensurations avec des ambitions conjugales.


Penelope a gardé son téléphone près de son tricot : pourvu qu'il appelle, pourvu qu'il fasse signe…


Les hommes ont donc disparu et les femmes sombrent dans une folie douce et ça donne : des bombes stériles, des veuves mélancoliques, des carriéristes féministes, des romantiques dépressives et surtout des frustrées et que des frustrées.


Comme les « janerik » et les « ikidinia » et autres fruits il y a des saisons plus favorables que d'autres pour la chasse au mari. Pendant la high season, nos émigrés reviennent juste le temps d’une « dabkeh » exotique et ça fait rêver beaucoup de filles en mal du pays.


La disparition de nos hommes a chamboulé tout notre équilibre mental et social. Ils disent qu’il y a 7 femmes pour un homme. Ils disent qu’il y a 60 pour cent de musulmans. Ils disent qu’il y a 450 000 palestiniens. Tout repose sur une fragile équation qui menace notre structure sociale.


Mais l’espoir n’est pas perdu, il reste quand même une chance sur 7 pour trouver l’homme de notre vie, alors il faut être 7 fois plus séduisante que les autres, 7 fois plus intelligente et 7 fois plus innocente …Mais 7x7x7x7= Bombe atomique qui a peur d’exploser de crainte que ça ne fasse pas jolie.


Il faut aussi que Mr 1/7 appartienne à la même religion que la bombe atomique, qu’il soit dans sa même case sociale, qu’il fréquente les mêmes endroits, qu’il habite le même quartier et peut être la même maison qui sait. Papa sera content. Mr 1/7 n’existe pas et malgré ça : La traque continue…


Epilées, limées, parfumées, coiffées, elles se préparent à la chasse ce soir :


Armées par les plus belles tendances de la mode,


elles ouvrent la trousse de maquillages, claquent la porte de la maison, claquent la porte de la voiture et rentrent par la grande porte juchées sur leurs talons


Une fois arrivées, elles guettent, scrutent et scannent les nouvelles arrivées…


D'un coup de cils, elles éliminent ceux qui ne rentrent dans les critères et passent vite aux conclusions


Un calcul mental rapide:


Voiture + Table+ bouteille de champagne= mari potentiel


Voiture- table+ montre signée = Peut mieux faire


Verre sans table et sans voiture= Merci au revoir


Une fois toutes les équations résolues, elles rentrent seules à la maison le cœur serré dans leurs jeans…





Les ratés de la chirurgie esthétique

C’est venu comme ça. J’avais envie de fêter mon retour, de rentrer après 4 années d’émigrations. Le Liban j’allais finalement y retourner: Back to the bled, back to reality. Il fallait donc fêter ça et j’ai choisi de le fêter sur le billard… à l’hôpital …
J’allais enfin avoir un nouveau-né(z) comme tout le monde.
Non ce n’était pas un accouchement, mais une simple opération, une chirurgie, une rhinoplastie pour être plus précise. Je voulais uniquement limer ma bosse parce qu’au Liban, il faut que tout soit lisse, obsession de limer, les ongles, les pieds, et tout ce qui déborde…


J’avais visité tous les chirurgiens du pays jusqu'à tomber sur celui que je croyais être le bon. Les critères ? Un beau bureau, un beau sourire et surtout beaucoup de clients. J’allais me faire tripoter le nez avec lui, je lui avais bien expliqué que je ne voulais pas ressembler au troupeau, j’ai une personnalité et je tiens à la garder. Il m’a souri et m’a expliqué qu’il savait exactement ce que je voulais dire, qu’il n’allait rien changer, qu’il ne me ferait pas un nez comme tout le monde et j’ai cru comprendre qu’il avait cru comprendre ce que je voulais dire.


Je vivais donc les dernières heures avec mon vrai nez, celui avec lequel j’étais née, celui qui représentait l’union des mes parents… Jusque là on avait cohabité plus ou moins bien ensemble, il s’y était installé tranquillement, mais au fil du temps, il avait commencé à bien prendre sa place, un peu trop même...Il fallait le redresser, le recaser, le remettre a sa place. Mon nez allait donc partir …me quitter…et ne plus jamais revenir en un clin d’œil.


Ces opérations ont un coté magique, on ferme les yeux et on se réveille avec un nouveau visage. C’est la belle au bois dormant version charcuterie. Haifa, Nancy, Elissa, toutes sont passées par là. Elles s’étaient réveillées un million de fois avec à chaque fois un nouveau changement : Un nez plus petit, des seins plus gros, une bouche plus pulpeuse, un ventre plus plat, jusqu’au moment ou elles se sont dit : « Stop ça, ça me va, ça c’est Moi…C’est ça …Merci »


Des belles au bois dormantes…changeantes…décadentes et surtout bandantes


L’anesthésiste était venue le matin…Le chirurgien toujours pas, il devait avoir une dizaine d’opérations ce jour là …. J’avais enfilé mon costume de shtroumpfs verts, prête à me faire piquer par Maya l’abeille pour passer sous le bistouri …


Le médecin était enfin passé me voir, on lui avait réexpliqué ce que je voulais… Il avait peu de temps à nous consacrer, juste assez pour prendre des photos et nous dire vite fait qu’il savait ce qu’il faisait , la conversation s’est terminée en rigolant : « je ne te ferai pas un nez de zaytouneh » c’est bien, donc il avait compris que c’était tout ce que je ne voulais pas.


L’infirmière était arrivée .Allongée sur mon lit, je slalomais les couloirs de l’hôpital de Hazmieh. A chaque fois une nouvelle patiente sortait de son opération avec un masque sur le visage, un papier cadeau qu’elles allaient bientôt ouvrir pour découvrir la belle surprise… Petit arrêt devant l’ascenseur, je pensais à mon futur visage, au nez de ma mère, à celui de mon père, de ma grand-mère, de mon arrière grand mère, de mon arrière-arrière grand mère, il avait traversé toutes ces générations pour en arriver là.


L’anesthésie a commencé à faire son effet… Les infirmières avaient déjà sorti leurs armes l’une après l’autre, le médecin n’était toujours pas arrivé à se demander s’il n’avait pas sous-traité son travail à quelqu'un d’autre.


Le chantier était lancé :


Tatatammmm, il coupait, il cassait, il se défoulait…..mon nez subissait et devenait de plus en plus petit face à toutes cette armée…


J’avais dit un peu, mais non il découpait…cousait…cassait…


Mon nez est finalement sorti vaincu de cette bataille, « je t’ai fait un nez très naturel », la voix peu rassurante du médecin m’avait réveillée


Le visage enflé et couverte de bleus, je recevais à la maison des visites. Mes copines venaient tour à tour me féliciter pour la naissance du nouveau-né. Derrière mon masque je rêvais de la future personne que j’allais devenir. La chenille allait devenir papillon, débarrassée de sa bosse, elle allait gagner une nouvelle confiance et serait prête à conquérir le monde pour ses 30 ans


Deux semaines après j’étais partie pour retirer mon masque, vision d’horreur, le nez de « zaytouneh », il me l’avait fait pour de vrai, on a essayé de le joindre mais, il était insaisissable…Trop tard le massacre était fait…Comment ? Pourquoi ? On avait beau enquêter rien à faire, on aura jamais la « Hakika », au Liban tout s’enterre très vite pour camoufler l'horreur, comme si rien ne s’était passé
La vérité on ne l’aura jamais…Tout le monde est innocent dans le pays des crimes.


Jusqu’à aujourd’hui toutes les consultations post opératoires ont été annulées par sa secrétaire sous prétexte que Makram Abi Fadel a eut une urgence, comme si mon cas à moi n’était pas urgent. Il était trop occupé à jouer à Dieu et refusait de reconnaitre son erreur. J’étais obligée d’accepter sa gaffe et me réveiller avec elle tous les matins.


J’ai du finalement consulter d’autres chirurgiens, Makram.Abi.Fadel avait fait son travail et encaissé son argent, m’avait métamorphosée et était parti, les téléphones dans son cabinet continuaient de sonner :


« Allo. Bonjour j’aimerais me refaire les seins… »


Au Liban on refait tout c'est un cycle, il faut toujours recommencer, refaire, renaitre …. C’est notre prière, une façon de se purifier pour recommencer à Zéro…


J’ai commencé à côtoyer tout un monde que je ne connaissais pas…
Dans la salle d'attente, toutes les malades (parce que c’est comme ça que les chirurgiens ici appellent leur patientes) étaient là à attendre que chirurgien 2 finisse ses opérations, il était minuit et jusqu’à 1 heure du matin le téléphone de la secrétaire ne cessait de sonner pour accueillir d’autres malades qui avaient envie de changer d’air. Des femmes papotaient entre elles, certaines avaient fait des augmentations mammaires et s’étaient retrouvées avec un mamelon qui pointe le ciel et l’autre qui regarde le sol, une autre avait raté sa première rhinoplastie, on avait du lui faire une incision au niveau du crâne pour trouver un os pour le glisser à l’intérieur du nez, sans parler des erreurs médicales ou certaines sortaient de leurs opérations avec des problèmes respiratoires, j’étais maintenant rentrée dans une réalité science fiction.


Mon tour était venue …


Arrivée devant chirurgien 2 : il m’a dit que mon cas était récupérable, qu’il suffirait de farcir mon nez avec un bout de mon oreille et que tout irait bien …


Un peu comme quand on prépare la recette du « Koussah Mehcheh » : Une spécialité culinaire très réputée au Liban.










Marwa khalil Marwakhalil80@yahoo.fr

27 juil. 2010

Beyrouth a mal aux oreilles



Les bruits courent à Beyrouth. Vite. Trop vite. Il n’y a pas un endroit muet en ville. Les personnes qui se taisent comptent pour du beurre. Seuls les bruyants existent. Tout est une question de se faire entendre. Charlie Chaplin se serait tiré une balle dans la tête, une balle qui elle aussi serait passée inaperçue.


Qui aujourd’hui va emmètre le plus de décibels ? Le match de bruitage a commencé :


Journée en voiture.


Réveillée par l’église qui lance ses cloches à la mosquée d’en face et par la mosquée qui en retour riposte par des versets coraniques, je démarre ma journée avec ma caisse. En sortant de la maison, je suis Zen. Premier arrêt. Je suis encerclée par plusieurs voitures. A coté de moi : une femme aux lunettes de libellule est agrippée sur son 4x 4 parle sur son portable, j’écoute sans le vouloir sa conversation téléphonique : « Shandra please prepare sayadyeh for mister, he is coming at 1 o’clock , tell him that madame is in the gym. Allo habibi ? ouenak ? ana jeyeh, sirit ala tarik… ».A ma gauche un chauffeur de taxi a mis les nouvelles à plein tube, une fille en costume d’école est assise près de lui, elle mâche un chewing gum et s’amuse à faire éclater des bulles, ce son est interrompu par un autre : Madame 4x4 vient de donner un coup de klaxon pour neutraliser la Fiat d’en face qui tente de reculer, un coup de fouet qui rappelle bien que le code de la route appartient à la loi du plus fort. La Fiat se paralyse et finit par se taire. Mais l’immeuble d’au dessus n’a pas dit son dernier mot. Une nouvelle construction va bientôt faire irruption. Les marteaux piqueurs s’agitent depuis ce matin et se mêlent au son des klaxons des voitures, à la voix de la journaliste de la radio du chauffeur de taxi et aux appels rentrants de Madame 4x4…Cette scène finit par prendre l’allure d’un orchestre dont le chef est le « darakeh » qui s’efforce à imposer sa présence grâce son sifflet. Comment va-t-il se faire entendre face à des musiciens anarchistes trop occupés à se défouler sur leurs joujoux. Mission compliquée : il faudra couvrir le son du téléphone de Madame 4x4, la voix de la journaliste de la radio, les sirènes de l’ambulance qui vient de passer et les bulles de chewing gum de la petite écolière qui n’a pas changé de place ni d’expression depuis…


Les bruits courent à Beyrouth…Ils fusent dans tous les sens


Je réussis à m’extraire de mon quartier, mon téléphone vibre, je viens de recevoir un texto : « Huge explosion today in Jaleh Dib…… » J’ai peur je me dis non pas d’explosion, on était si heureux, on n’avait pas besoin de ça maintenant, je préfère le bruit des immeubles en construction, des klaxons, des chewing gums mais pas ça. Je continue de lire le message : « Yes a fashion explosion with 50 % sale »


Drôle de façon de communiquer quand même. C’est une ‘’Nakzeh’’ comme une dit au Liban, une ‘’Bakousseh’. A chaque fois qu’il faut annoncer un événement il faut donc faire un Boum avant :


Boum ! Je suis là


Boum ! Je me marie


Boum ! Je ne suis plus


Mariages. Enterrements. Nouveau nés. Tout doit faire du bruit au Liban. Qui va faire peter ? Qui va casser le plus de bouteilles ? Qui va récolter le plus de voix ? Chaque événement est une célébration sonore…


Et le summum du bruit : ce sont les feux d’artifices…


Eux, ce sont les plus beaux mais aussi les plus vicieux. De loin on dirait…enfin, ça nous rappelle vaguement l’époque où il fallait se faire tout petit pour aller se cacher. Pendant quelques secondes on est plongé dans des souvenirs qu’on aimerait oublier. C’était pourtant il n’y a pas longtemps …des explosions successives qui surplombent toute la ville, qui viennent d’en haut…du ciel et qui s’abattent là, pas très loin …heureusement que ce sont des feux d’artifices …Il y a toujours un petit soulagement quand on découvre sur notre ‘ « Balcon » que ce sont des explosions de joie. Alors continuons à célébrer pour étouffer la minute de silence !